"Neuf"
Nouveau : un poème sur Olga ma chienne : dans "mes poèmes"      

un poème extrait du recueil Dyptique (Constantin de Chardonnet) :

 

 

 

 

NEUF

à Sylvia Granoulhac
dite Brindille de Soleil

formes irréalités objectives
formes irréalités vécues
soyons donc passants

soyons d’une identité soucieuse
trop tôt pour l’homme
trop tard pour l’animal

leurs sculpturales apparences font
rêver à ce qu’ils auraient
pu être…

appartenances abolies !
subtile forme en son destin
dans l’invisible

cloches et neiges
le même vide lumineux
de l’attente une

visions nées du vent
visions d’éveil de
l’artisanal esprit le nôtre

comme créateurs et comme créatures
on doit se réjouir de
nos herbes irréversibles anges

et libres comme l’oiseau
dans la ligne de mire d’un chasseur
d’un amour fusionnel

formes qui redonnent enfin
le monde au monde
formes illimitées formes

Constantin de Chardonnet (Dyptique)

 

mes poèmes :

 

À OLGA

 

tu crépites et galopes,
tu voudrais des ailes
pour embrasser
le monde entier

ton torrent d'énergie
m'assoiffe
et ta passion
m'envoûte

tu es comblée
par ton pelage
autant qu'armée
pour l'orage

tu as déjà,
ma princesse,
la sagesse,
et nous,
la folie.

d'un bout à l'autre
pas une seconde à perdre
ton museau s'éveille
et tu t'égayes.

Petite déesse dis moi...
pourquoi je dois,
seule
m'évertuer autant,
courir éperdument ?

Si seulement nous pouvions
nous emballer toi et moi...

Nous irions en carrosse
sur des routes escarpées
flairer l'humanité
d'un continent blessé

Et sinon...

Assise, ou couchée,
viens rêver !

Evades-toi ma belle,
et balances tes ailes
pour traverser l'horizon
aux seuls sons des violons.

(décembre 2008)

INTERMÈDE

 

Des mots qu'on n'a pas dits,
des virgules qui se sont tues,
et subitement un point qui raccroche.
A quoi bon bâtir un pont
entre l'insouciance qui s'endort
et une douleur qui s'éveille...

Les voix s'effacent
et c'est la nuit qui doit parler enfin,
prononcer le noir,
décliner les alouettes
de l'arc d'un ciel
que personne n'entend...

Et le rien s'égare
d'un silence à l'autre
aujourd'hui.

La pluie tambourinera d'un côté
pendant que le soleil
sur l'autre bord
enflammera les croix
de ceux-là qui croyaient
que le temps n'existe plus.

(nov. 2004)

 

 

MIRAGES

archet parti
sans laisser d'adresse
plutôt ça
que va
pour l'orgue
sans point

assis sur des rêves
j'attends
le train avide
de si seulement

la lune vibre à mes peurs
à en tomber

j'écoute le ballet
du comment
jusqu'au pourquoi

énigme vertigineuse
d'un temps décomposé.

(fév. 2005)

D'UN NON-ANNIVERSAIRE

La lumière s'éteint
et l'ombre va entrer en scène.
Il faut souffler vite
car le rideau va s'abaisser.

Le représentation reprendra.
Peut-être.

Plus tard, au fond des coulisses
on fêtera les vingt ans
de nos cheveux d'albâtre.
On n'entendra plus le compte à rebours.

On échange un dossier,
une carte de visite,
un lot de paroles
pour un temps raisonnable,
du jour à la journée
juste le prix d'une nuit blanche.

Et puis plus tard le noir,
les amuse-gueules pour le voyage,
un bonjour au notaire,
un rendez-vous manqué,
et puis un train qui part.
Le rideau est tombé.

Mais au fait, où allons-nous ?
Apportez-moi la terre,
donnez-moi un couteau,
les aiguilles affûtées des pendules,
des rires et des larmes,
une foi insécable,
l'air pur de la petite enfance.

Et puis laissez entrer le vent.
C'est bien lui qui modèle les vies
à leurs oeuvres pareilles,
et façonne des oeuvres
semblables à nulle vie.

(sept. 2004)

 

 

 

d'autres poèmes (posthumes) de M. Constantin de Chardonnet :

 

CLAVIS

un poète un souffle
à deux âmes égales
ou bien (confidence !)
ici né deux fois deux
l'unique ivresse azurée
voûte après voûte
les vignobles et mes
grandes amies les bleues forêts
faste à venir à passer
tel un flot de lumière
imprévue liturgie
symphonie sans auteur

(mai 2006)

D'autres poèmes de
M. Constantin de Chardonnet : cliquez ici

 
 

TABERNACLE EN VOIX

révolution complète
un fruit d'air assoiffé de
ses goûteurs ô le vent !

l'oiseau l'ancêtre
et notre essentielle identité
celle d'un crocus
au seuil des tremblements
d'épouvantails reconstitués
violons...

une chapelle au fable au loin
dans les giboyeux sillons !

la chanson de la pluie
telle un moulin pétulant
du surnombre et des mots
transdéfinis

(mai 2006)

CHORAL XC

sortie d'un alphabet
d'exil
nous voilà face à
l'aveu divin...
primesautières échelles
sonoriformes
écloses en tout lieu
sans non-dit
sans bornes autres
qu'une défaillance
bien certaine
de notre vue

(mai 2006)